Mémorables. Tome II, 1re partie: Livres II-III PDF

Buste de Zénon de Kition au Musée des beaux-arts Pouchkine moulé à partir de l’original à Naples. Antigone de Caryste, lequel a très vraisemblablement fréquenté le philosophe dans sa jeunesse. Si l’on veut s’en tenir à l’âge au décès affirmé par Persaios et donc à -334 comme année de naissance — telle est la tendance générale des spécialistes actuels —, il faut ou estimer que la lettre de Zénon à Antigonos II est mémorables. Tome II, 1re partie: Livres II-III PDF faux, ou juger que le philosophe a déclaré au roi un âge très approximatif voire exagéré, pour mieux justifier son refus.


Près de dix ans après la publication du premier volume, très remarqué par la critique aussi bien pour la qualité de son texte grec (on peut dire qu’il s’agissait de la première édition du texte des Mémorables enfin critique, où tous les manuscrits ont été pris en compte et traités selon leur valeur) que pour l’abondance et la nouveauté de son commentaire, nous avons le plaisir de présenter, enfin, l’important volume en deux tomes qui marque l’achèvement de cette édition. Les principes d’édition sont demeurés inchangés: un texte grec sobrement établi sur la base d’une connaissance directe de toute la tradition (pour la première fois dans l’histoire de l’édition de ce texte); une traduction très soignée, beaucoup plus précise que les précédentes; un commentaire considérable, où toute la littérature « socratique » est prise soigneusement en compte. On sait la thèse de L. A. Dorion: le Socrate de Xénophon est radicalement différent de celui de Platon, et il ne sert de rien de tenter de diminuer les différences entre les deux représentations pour tenter de produire un personnage composite, censé représenter le personnage historique de Platon. Le commentaire des trois derniers livres se poursuit sur cette ligne et débusque impitoyablement toutes les solutions « concordistes ».
Ce deuxième et dernier volume est complété d’une bibliographie de tous les travaux récents où est discuté le témoignage de Socrate, et de très abondants index rerum, nominum qui permettront de retrouver aisément les richesses de cette édition exceptionnelle.
La collaboration avec M. Bandini se poursuivra par la réalisation d’autres éditions de textes de Xénophon.

Sa patrie, Kition, était en effet la capitale d’un royaume chypro-phénicien jusqu’à sa conquête par Ptolémée Ier Sôter en 312 av. Zénon menait une vie généralement austère, voire ascétique. Athènes lui érigea une statue, comme il a été dit plus haut. Les Socratiques, surtout : le cynisme, pour l’idéal moral de conformité à la nature et pour l’appel au renversement des tabous. Le monde est un système où tout se tient, un enchaînement de causes où chaque élément agit et subit à la fois. Logos universel, dieu immanent à la matière et qui, en dernière instance, s’identifie au monde. Il n’a cependant pas une forme humaine.

Selon Zénon et ses disciples,  le monde vient à l’être quand la substance, à partir du feu, se transforme, en passant par l’air, dans l’humide. Zénon jette les bases d’un système logique qui sera suivi et complexifié par les scholarques ultérieurs, principalement Chrysippe qui en élaborera la partie  dialectique . En revanche, les doxographes attestent que Zénon formule déjà très clairement les principes de l’épistémologie du Portique. Le sage ne donne son assentiment qu’à des représentations compréhensives. Toute l’école stoïcienne place le souverain bien dans la vertu. Ces devoirs auxquels incite la raison conviennent en toutes circonstances.

Mais beaucoup d’actes conviennent seulement dans certains cas. Toutes ces choses sont dites indifférentes parce qu’elles ne servent ni ne nuisent par elles-mêmes : l’homme peut se servir d’elles pour qu’elles nuisent ou pour qu’elles soient utiles. DL, VII, 106 : l’absence de talent naturel, l’absence de dispositions artistiques, la mort, la maladie, la pauvreté, la basse naissance etc. La morale pratique du maître stoïcien s’exprima sous la forme d’une  parénétique , c’est-à-dire d’un ensemble de conseils et de règles destinés à tous les hommes dans leur vie quotidienne. Un tel libertarisme s’accorde bien, comme nous l’allons voir, avec le mépris des interdits caractéristique de la République zénonienne.

Panétios et les siens, désireux de collaborer avec les Romains et donc enclins au conservatisme politique et social. Les Modernes ont été quelquefois tentés d’interpréter la Politeia de Zénon comme le manifeste iconoclaste d’un  fils de riche  en rupture de ban qui voit dans la tabula rasa libertaire des  Chiens  une révolution en accord avec sa propre révolte ou au moins une base pour reconstruire la société humaine. Un élément de réponse à cette question peut être trouvé chez le même Plutarque. Celui-ci aurait pu, comme d’autres, faire la caricature d’une œuvre si controversée : pour cet antistoïcien résolu, la tâche était facile, compte tenu de toutes les transgressions sacrilèges ou scandaleuses prônées par Zénon. Plutarque préféra donner un aperçu de fond de la République zénonienne.